Interview du Secrétaire Général d’ACTUME, Ibrahima ANNE, réalisée à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre la tuberculose, qui a lieu le 24 mars chaque année.

Les associations issues des migrations témoignent, par le biais de leurs actions concrètes, de l’apport positif des diasporas en matière de santé et prévention, tant dans les pays d’origine que sur le territoire français.

 

Quelle est la mission d’ACTUME ? Comment l’association est-elle née ?

ACTUME – Association Contre la Tuberculose et les Maladies Endémiques -, est née en novembre 2002 à Bordeaux, à l’initiative d’un ancien patient atteint de la tuberculose. Elle a pour objectif d’informer et sensibiliser autour de la tuberculose et des maladies endémiques en France, et en Mauritanie, mais aussi de soutenir des projets de santé en Afrique. Sa mission est prioritairement de sensibiliser la population et les spécialistes de santé sur ces formes de maladies, ainsi que de mettre en place des actions en Mauritanie à destination des personnes éloignées des grandes villes, qui n’ont pas accès aux soins et à l’information.

Quelles actions principales ont été réalisées depuis sa fondation, en faveur de la prévention de la santé ?

La première action d’ACTUME a été d’amener l’information et l’aide là où il n’y’en avait pas. Pendant 5 ans (de 2012 au 2018) elle a organisé des caravanes de santé dans les villages de Tékane et Maghama au sud de la Mauritanie avec des médecins, infirmiers et aides-soignants afin de sensibiliser, dépister et distribuer des médicaments gratuitement. Pendant la première caravane, qui a duré 1 semaine, il y a eu plus de 2300 personnes qui ont bénéficié de l’initiative : parmi les publics, les élèves et enseignants des collèges et des écoles primaires, pour que l’information arrive aux parents. Cette action terrain a été accompagnée par la formation d’agents communautaires, pour transférer les bases des connaissances essentielles pour détecter les maladies fréquentes).

Quelles pistes et quelles solutions ont été explorées pour pérenniser ce modèle dans les territoires d’intervention ?

La piste plus importante a été de concevoir un partenariat pluri-acteurs où la population ne sera pas que bénéficiaire mais partie prenante. Coté institutions, nous avons signé des accords avec le gouvernement mauritanien, qui a appuyé les actions et permis l’accès à prix coutant aux centrales d’achat de médicaments. Des financements reçus par plusieurs acteurs permettent un accompagnement sur le montage des projets et la formation des agents communautaires destinés à la pharmacie et à la plantation.

En 2017 nous avons obtenu le financement du FORIM (via le dispositif PRA/OSIM), et d’autres financements de la Caisse Dépôt et Consignation, de COALLIA ainsi que la participation des donateurs via une collecte solidaire) qui ont permis de commencer à construire la pharmacie communautaire, qui va être inaugurée cette année. Le projet se situe à la frontière du Sénégal, dans la zone de Tekane, au sud de la Mauritanie.

Le projet ne s’arrête pas là : un autre financement reçu par une Fondation Suisse a permis de lancer la construction d’un centre de santé dans la même zone.

Le projet ne s’arrête pas là : un autre financement reçu par une Fondation Suisse a permis de lancer la construction d’un centre de santé dans la même zone.

 

Après cette première phase, quel enseignement avez-vous tiré pour répondre aux besoins des populations ?

Nous souhaitions dès le début rendre durable l’impact de nos actions. On a eu des concertations avec les populations, et mené des études et enquêtes grâces auxquelles il en est ressorti le besoin de mettre en place une pharmacie communautaire. Afin que celle-ci puisse répondre à certaines normes, il a fallu 2 ans de travail d’un groupe multidisciplinaire pour imaginer le modèle adapté et faire en sorte de faciliter l’accès aux médicaments aux tarifs réduits pour les populations concernées. On a commencé à penser à comment utiliser les ressources locales telles que la médecine traditionnelle, pour avoir des médicaments et des principes actifs complémentaires. De cette réflexion est né le projet d’une plantation médicinale adjacente à la pharmacie communautaire, afin de cultiver et transformer les plantes médicinales reconnues efficaces pour traiter certaines maladies avec le soutien de la Maison de l’Artemisia.

 

Quelle est votre satisfaction principale aujourd’hui ?

Une des principales satisfactions de nos actions est d’aller à l’aide des populations qui sont dans le besoin. ( plus de 23 000 personnes ont bénéficié de nos actions). Un autre point est aussi la reconnaissance : l’appui du gouvernement mauritanien a signifié beaucoup pour ACTUME, en termes de facilitation et confiance de la part des institutions.

Nos actions sont aussi suivies par la diaspora mauritanienne en France. Actume a reçu en novembre 2020 le prix Afrique RSE Santé, par Afrique demain, pour la meilleure initiative des diasporas dans le domaine de la santé en Afrique. Un deuxième prix en janvier 2021 a été décerné par Radio Mauritanie international, radio diasporique basée en France, qui chaque année donne des awards pour des actions réalisées par des organisations de solidarité internationale dans le double espace.

 

Que fait Actume en France ?

Actume intervient également en France : en organisant des conférences et des actions de sensibilisation à Paris, Havre, Bordeaux, comme celles réalisées pendant le mois sans tabac en novembre. Nous menons des initiatives d’ECSI et de médecine préventive, plus particulièrement en direction des foyers de personnes travailleuses migrantes et du public étudiant, mais pas que celui venant d’Afrique. Finalement, avec nos actions nous touchons un public large ; nous pensons que la santé est une cause d’intérêt général, qui demande de l’ouverture, de l’échange et de l’entre-aide, surtout pour améliorer la vie des couches les plus vulnérables de la société.

Source : Actualité FORIM, 24 Mars 2021 // Monsieur Ibrahima ANNE, Secrétaire Général d’ACTUME

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