Histoire d’une maladie
Le parcours inachevé du jeune Cheikhou, « mon œil est ma vie ».

Je m’appelle Cheikou SAKHO. Je suis lourdement marquée par une maladie qui a frappé mon œil gauche. Celle-ci a occupé mon esprit, pour une part essentielle de ma jeune vie.

Je suis né à Diaguily, un village situé dans la commune de Gouraye en Mauritanie. Enfant, j’ai passé toute mon existence dans cette agglomération, joyeux et heureux comme tous ceux de mon âge. Cette joie fut brutalement interrompue par une affection qui m’a, trop tôt, touché. J’en ignorais les causes.

Mes parents ont retourné ciel et terre en vue de comprendre le pourquoi et le comment de mon affection. Suite à leurs nombreuses recherches, ils en concluent qu’elle se nommait, en soninké, « Fanké », « gonflement de l’œil ». Mon père, m’a accompagné dans plusieurs centres de santé, hôpitaux de la Mauritanie, du Mali et du Sénégal dans l’optique de me dégoter un lieu où je pourrais bénéficier de soins appropriés.

A travers ces voyages, j’ai rencontré plusieurs médecins qui se sont évertués à traiter mon mal. Leurs efforts n’eurent point de succès. A chaque déplacement, une joie et un espoir m’habitait. Suite aux différentes consultations, les spécialistes de santé m’affirmaient que les traitements que je devais suivre seraient de nature complexe. Leurs dires faisaient naître, en moi, une énorme déception. Je ressentais, après chaque rendez-vous un retour à la case de départ.

J’ai été scolarisé quelques années au village. Mais je n’ai guère pu supporter les regards de mes camarades de classe. J’ai donc dû arrêter, très tôt, ma scolarité.  Cela étant, j’avais trouvé une mission qui m’allait bien. Elle consistait à accompagner mon père, tombé malade et devenu aveugle. Je m’étais assigné, consciencieusement, la mission d’être son guide. J’étais à ses côtés dans toutes ses démarches. Je faisais aussi, à sa place, les travaux de jardinage pour nourrir la famille.

Orphelin de père : entre le deuil et la recherche de soins

Suite à ses différents maux, mon père décéda. Ainsi, je suis devenu orphelin de lui. Entre son décès et ma maladie, je me suis senti perdu, désorienté. Je ne savais plus quoi faire. Trop jeune pour comprendre, je me suis recroquevillé sur moi-même et m’abandonnais au sort du destin.

L’engagement d’une mère infatigable

Le décès de mon père, n’a guère laissé ma mère les bras croisés. Elle a pris son bâton de pèlerin pour prendre soin de moi et poursuivre la quête de solutions à mon problème. Elle s’est battue de toutes ses forces afin que ma situation s’améliore. Avec elle, nous avons effectué plusieurs autres voyages à Bamako, Dakar et Nouakchott. Les médecins que nous avions rencontrés à Dakar et à Nouakchott, n’ont pas osé intervenir puisqu’ils n’avaient pas connaissance des origines de ma maladie. Ainsi, ils nous ont conseillé de nous rendre au Maroc ou en Tunisie, pays où les soins médicaux étaient plus avancés.

Les premiers soins : début d’une nouvelle courte joie

C’est à Bamako que j’ai eu l’opportunité d’être, pour la première fois, pris en charge par un médecin qui a pu effectuer une opération pour me débarrasser de ce bourgeon qui s’agrandissait, chaque jour, un peu plus, au-dessus de mon œil. Après cette intervention, je me sentais mieux et enfin soulagé. Mais mon allégresse ne fut que de courte durée. La maladie s’aggrava. Le bouton s’épaississait à chaque nouveau jour. Il croissait, de plus en plus et me poussait au retranchement. Ma mère ne fut jamais découragée. Elle lutta ardemment afin que je retrouve une vie normale.

Ma mère décédée.

L’espace de temps entre le décès de mon père et celui de ma mère fut très court. Je ne me rappelle plus sa durée. Mais, dans mon ressentiment, il a été vraiment trop bref. Ainsi, je suis devenu, une seconde fois, orphelin.  Orphelin de père, puis de mère, c’était la fin de mes soins.

L’engagement d’une tante d’espoir

Après la disparation de mes deux parents, ma tante, la seconde épouse de mon père, a pris le relais. Elle va jouer, pour moi, un rôle déterminant. Par monts et vallées, elle va s’investir dans le but de m’aider à me sortir de ma situation.  Elle, aussi, finalement, décédera. J’avais l’impression que le mauvais sort s’acharnait, avec dévouement sur moi.

Début de l’isolement et fin de soins

Finalement, je suis resté seul dans notre concession familiale. Le matin, je partais au jardin familial avec mon petit chien pour ne rentrer que le soir. Les voisins de ma maison familiale me donnaient régulièrement à manger. Mon chien était devenu mon meilleur confident. Le jardin mon suprême lieu de consolation. Dans cet espace, les cris des oiseaux venaient atténuer ma douleur. La nature devenait, ainsi, ma plus haute complice. Je parlais rarement. J’observais beaucoup bien que des gens veinaient me rendre visite à différents moments de la journée.

Départ vers Nouakchott

Après le décès de mes parents et de tous mes plus proches soutiens, un ami de mon père est venu au village pour présenter ses condoléances. L’état dans laquelle il m’a trouvé était désespérant. Il décida de partir avec moi à Nouakchott dans le but de me délivrer de mon horrible sort. Arrivé dans la capitale de la Mauritanie, nous fûmes des démarches au sein des hôpitaux, des cliniques et centres de santé. C’est à l’hôpital national que j’espérai trouver la solution miracle. Mais les médecins me confirmèrent que je n’avais une maladie rare et très peu ordinaire. Ils ont pensé faire venir un médecin du Maroc dans l’espoir de me guérir. Entre temps, l’ami de mon père qui m’avait accueilli avait décidé de m’inscrire au sein d’une école coranique « Mahadrah, » dans l’attente de solutions. Mais, encore, une fois de plus, avec les regards des écoliers, je n’ai pas pu poursuivre mon apprentissage. Ainsi, je restais au domicile de mon hôte dans l’attente de l’arrivée d’un médecin qui viendrait du Maroc.

Dans la perspective de faire passer le temps, je me concoctais, à longueur de journée, mon thé. Le thé mauritanien dont on dit que le premier verre est amer comme la vie, le second agréable comme l’amour et troisième suave comme la mort. Je rendais service aux familles qui me le demandaient. Je me promenais et visitais des amis.

Souvent, seul et face à moi-même, dans ma chambre, je pleurais tout en me demandant comment je pourrais être débarrassé de cette terrifiante saloperie. Car depuis le décès de mes parents, je n’avais bénéficié d’aucun soin. Je priais le seigneur et avais mis toute ma confiance en lui.

Le message d’espoir

Le jour où j’ai eu appel téléphonique pour m’annoncer qu’une solution était envisageable à l’extérieur de la Mauritanie, ce fut, pour moi, une incommensurable joie.

Les objectifs de Cheikhou

Mon objectif est de retrouver la santé. J’ai de rêves dans ma vie et je souhaite les réaliser pleinement :

  • Objectif 1 : Apprendre le français : écrire et parler
  • Objectif 2 : Apprendre un métier
  • Objectif 3 : Travailler avec le métier que j’ai appris
  • Objectif 4 : Trouver mon autonomie
  • Objectif 5 : Entretenir ma famille

Merci à :

  • Fondation Face au Monde
  • Équipe de Dr Gerald FRANCHI à l’hôpital Necker Paris
  • Association Contre la Tuberculose et les Maladies Endémiques
  • Ma famille d’accueil en France et mon tuteur en Mauritanie
  • Sans oublier les soutiens solidaires

En savoir plus consultez : actume.org/dons-en-ligne/cheikhouarrivenfrance/

===> Télécharger le témoignage : ici
Propos de Cheikhou SAKHO en Soninke traduits par Ansoumane SAKHO
Relecture : Oumar DIAGNE, Association ACTUMESeptembre 2021