La Pharmacie Communautaire et Valorisation des Plantes Médicinale de Tékane en Mauritanie lance à partir de février 2024, une série de conférences et débats à destination des utilisateurs de la pharmacie. La première conférence a été animée par Mansour NDIAYE, Expert Agroforestier et Directeur Exécutif de l’association AVF-Sn (Afrique Verte et Fertile Sénégal) le samedi 10 février. Ci-dessous les différents éléments résumant son intervention.

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Le Système Agroforestier par les Arbres ‘Fertilitaires’

L’agriculture occupe 70% de la population Sub saharienne. Cependant, depuis près de trois décennies, la contribution du secteur au Produit Intérieur Brut (Pnb) évolue en dents de scie.  

La forte baisse des revenus agricoles qui est une des conséquences de la pauvreté en milieu rural, est à mettre en lien avec plusieurs facteurs dont entre autres : la dégradation sévère des massifs forestiers, les déficits pluviométriques récurrents, l’effondrement de la fertilité des sols, l’exode rural massif des bras valides (les jeunes), la réduction du temps de travail agricole.

Nos pratiques agricoles non durables seraient donc à l’origine des maux relevés ci-dessus, ce qui ne sont pas sans conséquence lourde sur le contexte économique, social et environnemental du pays.

En effet, le recours permanent à l’agriculture sur-brulis jusque dans les boisements naturels à la recherche de nouvelles terres de cultures, l’application non raisonnée de fertilisants inorganiques, la lutte sans discernement (à base de pesticides chimiques) contre les bio-agresseurs, sont autant de pratiques qu’il urge d’abandonner au profit de techniques agricoles plus durables et à moindre cout pour les exploitations familiales agricoles.

Aujourd’hui, la quasi-totalité des leviers du secteur primaires sur lesquels devraient reposer l’essor économique, social et environnemental du pays sont grippés, c’est le cas pour : (a) l’agriculture, (b) l’agro-industrie, (c) la pèche continentale, (d) l’élevage, (e) la distribution des produits primaires et transformés.

Les pratiques agroforestières sont intimement liées aux enjeux prégnants des communautés à savoir : la sécurité alimentaire, nutritionnelle, les inégalités socio-économiques et la reconnaissance des droits fonciers particulièrement pour les femmes et les jeunes. Il est par conséquent impératif d’accompagner cette frange d’acteurs très active dans le secteur.

Cet accompagnement devrait chercher à réorienter les systèmes agricoles vers de nouvelles pratiques agro-écologiques permettant un redressement et une diversification durable des productions et productivités agricoles.

L’on doit se souvenir parmi la grande diversité des systèmes agricoles à l’échelle des exploitations familiales Sénégalaises, des jardins de cases dans lesquels arbres, cultures, petits élevages, ont toujours joué un rôle de premier plan dans la sécurité alimentaire, nutritionnelle et la préservation des écosystèmes naturels.

En effet, les systèmes agricoles à petite échelle ont des activités beaucoup plus diversifiées et résilientes que les grandes exploitations agricoles.

Il convient alors, au sein des exploitations familiales agricoles de ressusciter les pratiques anciennes tout en les ouvrant à l’innovation.

L’intensification agro-écologique est bien possible. Il est temps de rompre d’avec les pratiques agricoles nocives sur l’environnement et financièrement onéreux. Ce faisant, on parviendrait à annihiler les effets négatifs de ce type d’agriculture (productiviste) sur la santé de l’agriculteur, du consommateur et de l’environnement.

Le système agroforestier par les arbres fertilitaires devrait être introduit dans toutes les zones agro-écologiques à vocation agro-sylvo-pastorale pour accompagner les activités productives locales.

L’Agroforesterie comporte un ensemble de procédés, de pratiques au cœur de la résilience climatique, de par le potentiel de séquestration du carbone et de contribution au maintien de la biodiversité.

Les pratiques agroforestières sont donc incontournables en matière de transition écologique, elles apportent également leurs potentiels sur les deux autres piliers du développement durable que sont l’équité sociale et la viabilité économique des systèmes de production.

La réalisation des services éco-systémiques peut ainsi trouver toute sa plénitude dans la maîtrise et la généralisation des techniques et pratiques agroforestières.

Les grands penseurs définissent l’agriculture durable comme celle à mesure «de répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité de satisfaire ceux des générations futures ».

Dans le cadre des aménagements de parcelles agroforestières par les arbres ‘fertilitaires’, l’agro-sylvo-pastoralisme doit être bien pris en compte en vue de la production simultanée et holistique de ressources (céréales, fourrages, bois, viandes, lait…).

Il faut le regretter, les petites exploitations familiales, capables d’incarner l’agriculture durable et l’innovation du fait de leurs capacités d’adaptation, ne sont pas bien prises en compte dans les politiques agricoles de nos états, qui les perçoivent comme peu productives et peu spécialisées.  Là, c’est un véritable défi de la gouvernance de l’agriculture qui se pose.

Heureusement qu’une lame de fond se développe au niveau local, national et international, pour restaurer et promouvoir l’agroforesterie d’inspiration paysanne. Les prochaines années devraient être cruciales pour relever le défi.

Rappel de définition d’un arbre ‘fertilitaire’

Un arbre ‘fertilitaire’ est un arbre dont l’activité enrichit la couche arable d’une terre, en améliore la texture et en favorise la structuration. Pour exercer efficacement sa fonction dans les champs, il doit être convivial, c’est-à-dire qu’il ne peut entrer en concurrence forte avec les espèces cultivées pour leurs productions domestiques ou marchandes » Les arbres fertilitaires sont principalement issus de la famille deslégumineuses. (Dupriez et De leener, 1993).

Au Sénégal avant l’avènement des machines agricoles, engrais inorganiques et même traction animale, les ménages ruraux tiraient leurs subsistances de l’agroforesterie traditionnelle, une pratique ancestrale.

L’arbre était présent dans tous les terroirs villageois, jusque dans les parcelles de cultures. Chaque ménage agricole exploitait une superficie moyenne de 1-2 hectare largement suffisant pour lui permettre d’assurer la couverture de ses besoins céréaliers annuels.

L’agroforesterie en tant que pratique ancestrale à rénover, est la base des systèmes d’agriculture paysanne lesquels étant caractérisés par leurs diversifications telles que observées partout en Afrique subsaharienne. L’enjeu est la préservation des ressources naturelles et la consolidation des activités des exploitations familiales (majoritaires dans le sous-secteur).

Il est devenu un nécessaire de promouvoir un système agroforestier basé sur la plantation d’espèces arboricoles à croissance rapide et à usages multiples dans les parcelles cultivées : haies vives défensives contre animaux divagants, haies vives brise-vents, arbres ‘fertilitaires’, arbres fruitiers divers, cultures agricoles diverses entre les rideaux d’arbres ‘fertilitaires’ et fruitiers.

Cette voie (l’agroforesterie par les arbres fertilitaires) serait la meilleure option pour inverser durablement la tendance au déclin de l’agriculture subsaharienne et par conséquent créer une activité bio-socio-écologique reposant sur des pratiques durables.

Résumé des services rendus par le système agroforestier par les arbres fertilitaires

  1. Réduction de la pression anthropique sur les boisements naturels,
  2. Régénération naturelle des terres,
  3. Autoproduction en fourrages/bois,
  4. Mise en défens des cultures contre les facteurs érosifs (éoliens, hydriques),
  5. Protection des cultures contre les animaux errants,
  6. Résilience des pluviosités annuelles,
  7. Recharge progressive des nappes souterraines,
  8. Stockage à carbone (puits à carbone),
  9. Régulation des cours d’eau,
  10. Régénération des écosystèmes naturels,
  11. Résilience climatique,
  12. Réhabilitation des pâturages naturels.

Selon la FAO : « La sécurité alimentaire existe lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, la possibilité physique, sociale et économique de se procurer une nourriture suffisante, saine et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins et préférences alimentaires pour mener une vie saine et active ».

Chaque mot de cette définition a son importance et permet de caractériser toute la complexité de la faim. Ce n’est pas seulement une question de quantité disponible sur la planète ou de niveau de production car, on peut produire assez de calories au niveau mondial pour nourrir l’ensemble de la population mais la difficulté réside dans l’incapacité des personnes à faibles revenus à accéder à ces produits.

Une autre dimension tout aussi essentielle de la sécurité alimentaire tient à la qualité nutritionnelle de ce que l’on consomme. En effet, il faut avoir accès à une alimentation composée d’aliments nutritifs et sains.

On peut avoir accès à suffisamment de nourriture chaque jour mais celle-ci peut être de mauvaise qualité et conduire à des risques pour la santé : maladies cardio-vasculaires, diabète, etc. A ce propos, l’on nous apprend que dans le monde, plus de 2 milliards de personnes sont en surpoids dont 700 millions sont obèses.

L’enjeu est de taille, puisque plus de 1,2 milliards de personnes tirent une part importante de leurs subsistances de l’agroforesterie dans les pays à faible niveau de revenus. Il convient alors d’en revaloriser les pratiques souvent anciennes, mais fort dynamiques, ouvertes à l’innovation, conservées au sein de systèmes de production familiaux couvrant de petites superficies.

L’Agroforesterie (AF) et les 4 piliers de la Sécurité Alimentaire, Nutritionnelle

Disponibilité et AF : la production diversifiée sur de petites parcelles agroforestières d’environ 1 ha suffisent de façon significative à l’offre alimentaire (production fourragère, fruitière, bois, légumes, viandes, produits médicinaux…).

Accessibilité et AF : la proximité des productions et les techniques d’inspiration naturelle limitent les coûts de transport rendant dès lors la satisfaction des besoins alimentaires moins coûteuse (économie circulaire dans une même et seule parcelle AF), ceci rend l’alimentation plus accessible.

Utilisation et AF :

La production diversifiée d’aliments à partir des activités agroforestières au sein d’une parcelle permet aux membres de l’exploitation familiale de disposer de nutriments suffisants dans leurs alimentations.

La conception même de système agroforestier par les arbres fertilitaires, de par ses fonctions et revenus diversifiés permet de le qualifier comme une référence achevée en termes de couverture des besoins nutritionnels des familles bénéficiaires.

Stabilité et agroforesterie :

Dans un système alimentaire durable, la stabilité suppose de dépasser la gestion du ‘au jour le jour’ dans laquelle rien n’est assuré pour assurer la nourriture au quotidien de la famille.

L’adhésion au système agroforestier par les arbres fertilitaires, la diversification des services éco systémiques qu’il permet de rendre ainsi que la minimisation des risques qui leur sont liés, constituent autant de soupapes de sécurité et de sûreté pour une sécurité alimentaire durable qui permette aux pratiquants de s’inscrire dans une dimension plus structurelle et durable.

Acronymes :

AF= agroforesterie

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En savoir plus : Consultez la fiche du conférencier et le résumé de la conférence

Mansour Ndiaye, Expert Agroforestier
Directeur Exécutif AVF-Sn (Afrique Verte et Fertile Sénégal)