L’association ACTUME compte parmi les premiers adhérents du RADSI Nouvelle Aquitaine ! Son objectif est de recueillir et diffuser les connaissances sur tous les aspects de la lutte contre la tuberculose et des maladies endémiques, dont le Sida et le paludisme. Rencontre avec Ibrahima, secrétaire général de l’association.

Comment est né le projet ?

L’association a été fondée en 2002 par Oumar Kane qui a été frappé par la tuberculose alors qu’il était venu pour des études à Bordeaux. Une fois guérit, il a souhaité venir en aide aux personnes issues de sa région, dans la commune de Tékane, au sud de la Mauritanie. J’ai rejoint l’association dès sa création, par affinité avec son fondateur qui sait se montrer convaincant pour défendre ce qui lui tient à cœur !

Notre première opération consista à mettre en place des caravanes de santé : nous partions dans certains villages pour apporter médicaments et soins aux personnes qui n’y avaient pas accès et menions des actions de prévention. Nous sommes intervenus auprès de 17 000 personnes au total ! Quelques années plus tard, nous signions une convention de partenariat avec le ministère de la santé de l’État mauritanien dans le but de renforcer nos actions.

Au fil du temps, nous nous sommes rendus compte des limites des caravanes qui ne s’étalaient que sur quelques jours. Nous avons ainsi incité à la création d’une association locale, relais et nous sommes engagés dans l’édification de structures pérennes. Nous avons, ainsi, mis en place une pharmacie communautaire afin de rendre accessibles les médicaments aux populations les plus démunies, en les mettant à disposition au prix coûtant.

Nous avons également mis en place un jardin de plantes médicinales avec la production de l’Artemisia, une plante antipaludique. D’autres plantes sont en cours d’expérimentation et nous avons comme objectif de les cultiver à grande échelle et les transformer.  Un centre médical est en cours de construction. En France, nous avons mené dès le départ des actions de prévention et de sensibilisation aux maladies endémiques au sein du centre de santé universitaire et du centre social du quartier Saint Michel. Nous avons rejoint, ainsi, le RADSI Nouvelle Aquitaine et le collectif de Bordeaux Solidarité, dans le cadre de la Semaine de la Solidarité Internationale (devenue par la suite le Festival des Solidarités).

Votre plus grande fierté ? 

Je pense que toutes nos réalisations sont une source de fierté. Au moment de la création de l’association, aucun membre ne s’attendait à autant de réalisations, vu nos moyens de départ. La construction d’un centre de santé dans la commune de Tékane, démarrée en 2008 et qui sera inauguré d’ici la fin de l’année est une grande réussite.

Cette zone de la région était un vrai désert médical, les habitants et habitantes devaient parcourir plus de 60 km pour se faire soigner dans la ville la plus proche – Notre association a réussi à obtenir 700 000 euros nécessaires à la construction et à l’équipement du centre de santé et nous avons pu nous rapprocher d’une équipe médicale compétente sur place.

Le défi du moment ? 

Consolider ce que nous avons mis en place et changer la manière de considérer la solidarité internationale. Il est indispensable de reconnaître la capacité des diasporas à agir pour leur pays et surtout avec les personnes de leur pays, de mettre en avant leurs compétences et leurs initiatives. D’autant plus que leurs interventions demandent moins de moyens financiers pour la même efficacité ou plus que d’autres organismes ou institutions.

ACTUME est engagée au sein du COSIM Nouvelle Aquitaine, un lieu de rencontres et d’échanges pour les associations de solidarité, issues des migrations. Notre principal défi est de rendre visible notre plaidoyer et d’éduquer à la citoyenneté mondiale. Il est temps que l’on comprenne que nous sommes citoyens et citoyennes de ce pays, nous sommes ici en France et apportons nos compétences, notre richesse. Mais nous n’oublions pas pour autant d’où nous venons, nous sommes un pont entre nos deux cultures, intégrés ici et ambassadeurs de la France ailleurs. Les migrations ont toujours existé, nous cherchons à construire des relations apaisées et lutter contre les discours xénophobes et racistes.

Ibrahima ANNE, Secrétaire Général ACTUME
Source : Lettre du RADSI – Portrait du mois.