Lorsqu’un artiste se met au service de son peuple, son art devient développement, et sa voix devient action !
Le 9 novembre 2025, la mairie de Courbevoie a accueilli une rencontre exceptionnelle : celle de Baaba Maal, icône mondiale de la culture peule et figure engagée du développement communautaire. Devant les membres d’ACTUME, des représentants institutionnels, des artistes et de la diaspora, l’ambassadeur du Daande Leñol a livré un message vibrant, mêlant gratitude, mémoire, dignité et responsabilité collective.
Dans ce discours rare, Baaba Maal ne s’adresse pas seulement à un public ; il s’adresse à une communauté entière, invitée à faire rayonner ses valeurs au service du développement. Il y exprime la fierté d’être peul, la nécessité d’agir pour les siens, et la conviction que l’unité entre générations peut transformer durablement nos sociétés. Par ses mots, l’artiste rappelle que l’art n’est pas seulement divertissement : il peut être moteur de solidarité, de progrès, et de transmission.
Ce texte est bien plus qu’un remerciement ; c’est un appel. Un appel à agir, à s’unir, et à faire honneur à ce que nous sommes.
Être Peul, c’est porter sa dignité partout, et la mettre au service des autres. C’est ce que Baaba Maal est venu nous rappeler.
En tant que Peul, où que tu ailles, tu pourras t’asseoir auprès de n’importe quelle personne, quel que soit son statut, sans jamais avoir honte de lui dire qui tu es. Tu pourras échanger librement, envisager avec elle des projets communs, sans crainte d’être déprécié ni de la déprécier.
Nous remercions chaleureusement la mairie de Courbevoie de nous accueillir et de nous offrir l’opportunité de réaliser quelque chose qui aura un bel écho chez nous et répondra aux attentes de nos populations.
Je remercie également Oumar Kane. J’ai pris le temps de découvrir son histoire : c’est une très belle histoire. Elle a sans doute connu des moments douloureux, mais lorsque la main de Dieu s’est posée sur lui, il a compris qu’il lui fallait, en retour, agir pour sa communauté. Vous savez, lorsque l’on agit, il faut le faire dans la vérité : alors Dieu donne à l’action une portée plus large et la bénit. Ce qui est béni germe et s’étend. Toute notre communauté du Fouta devrait regarder ce qu’a accompli ACTUME et tenter de suivre cet exemple. Car une action approuvée par le divin se déploie dans le temps.
Je vois un jeune en train de filmer. Quand sa génération sera mûre et prendra ses responsabilités, elle pourra dire : « Nos pères, nos oncles et nos grands-parents ont accompli de grandes choses ; à nous de les imiter. » Il est essentiel que chaque génération marque son époque. Vous nous avez honorés. Vous avez célébré Baaba Maal.
J’ai été ambassadeur, à plusieurs reprises, au sein du système des Nations Unies. Nous, les artistes, avons la parole facile. Des personnes comme Mamoudou Ibra Kane nous interpellent : « Vous avez été nommé ambassadeur du développement par les Nations Unies. Ici, au Brésil, en Afghanistan ou ailleurs, il y a des réalisations. Mais ce que vous dites a-t-il un impact chez vous ? Trouve-t-on chez vous des actions semblables ? Vous parlez d’unité, de mobilisation : est-ce que les vôtres le font ? » Aujourd’hui, je peux répondre : oui. ACTUME le fait.
Les membres d’ACTUME nous ont aussi honorés en souhaitant que, pour leur gala annuel, Baaba Maal soit présent, estimant que nous sommes dans la même dynamique, notamment à travers NANKA. Lorsque j’ai chanté Kalaadjo, ce n’est pas seulement par affection pour Ablaye Elimane, mais parce que, lorsqu’il a quitté les siens, sa communauté fondait beaucoup d’espoir sur lui, et il a beaucoup œuvré pour son développement. Vous aussi, vous agissez dans cet esprit.
Comme l’a dit Ciré Kane, ceux qui sont restés au pays ont préservé leur dignité et font ce qu’ils peuvent. Mais un immense espoir repose sur vous. Votre émigration, votre savoir, votre savoir-faire, votre unité doivent servir aux autres. C’est précisément ce que réalise ACTUME. Je remercie l’association.
Je vous remercie. C’est le Daande Leñol (la voix du peuple) qui est venu. Je l’ai dit hier : le soir où je me suis assis avec Bassou Niang, Mansour Seck, Talla Faye et tant d’autres, nous avons décidé de créer un orchestre. Nous l’avons fait. Hilaire Chaby nous a rejoints, ainsi que Massamba Diop. Alioune Diouf et les plus jeunes ne nous avaient pas encore rejoints. Nous nous sommes ensuite demandé quel nom donner à l’orchestre.
J’ai proposé de reprendre le titre de notre dernière chanson : Daande Leñol. Je n’avais pas mesuré la portée que ce nom aurait pour notre communauté. Plus tard, je l’ai compris. Des associations de développement, encore timides, venaient nous voir en disant : « Vous êtes le Daande Leñol, venez jouer pour nous au stade Amadou Barry, dans nos villages, pendant deux jours », dans des conditions dont je ne parlerai pas. Elles ajoutaient : « Puisque vous êtes le Daande Leñol, nous avons des projets de développement : santé, agriculture, élevage, pêche, etc. »
Avec le Daande Leñol, nous avons tout vécu ! C’est pourquoi je vous demande, vous mes parents, de m’aider à remercier tous ces musiciens du Daande Leñol. Pendant quarante ans, à leur retour de tournées aux États-Unis, en Asie, en Europe, ils n’ont jamais hésité à se rendre dans les zones les plus reculées, pendant quinze jours, un mois, pour accompagner nos communautés. Ils sont ici aujourd’hui ! Je voudrais que vous les applaudissiez.
Je tiens aussi à remercier Jibi, Beellel Jeeri du Daande Leñol, présent parmi nous. À chaque déplacement du groupe, il paie son billet et son hôtel pour être à nos côtés. Il ne le fait pas seulement parce qu’il aime Baaba Maal, mais parce qu’il comprend la vision du Daande Leñol.
Vous m’avez offert l’opportunité de démontrer toute la noblesse de mon métier. Je vous promets — si Dieu m’accorde longue vie — de rester toujours aux côtés d’ACTUME. Que je sois très sollicité ou non, j’ai le devoir de vous soutenir. À tout moment, je répondrai à votre appel, car Tékane, c’est mon Tékane. Tékane, ce sont mes amis.
Au-delà des liens de parenté, qu’il y ait des défis ou des appréhensions, lorsque ce village vous tend la main, saisissez-la avec vigueur.
Ce Ciré que vous voyez là… À l’époque où il était à Nouakchott et où nous étions chansonniers, nous échangions beaucoup. Saïdou Kane, connu sous le nom de Moustaf Booly, était aussi présent. Il nous transmettait des informations précieuses sur notre histoire. Lui, il la connaissait parfaitement. C’était une période magnifique, presque sublime. Je crois même que ce furent les plus beaux moments de ma vie. Tout se faisait naturellement.
Avec Saïdou Kane, une véritable amitié est née. Et je peux en dire autant de Faimata Lom, ici présente. Tout cela renforce ma conviction : lorsque vous entreprenez quelque chose, je me dois d’être là. Je le répète, que je sois pris ou non. Donnez-moi simplement les dates, et je m’engage à être présent, si Dieu le veut.
Je voudrais que vous applaudissiez Mamoudou Ibra Kane, un véritable professionnel dans son domaine et un authentique Fuutanké. Au fond de lui, il sait que mes paroles sont sincères. C’est un hôte dévoué à sa communauté ; il se bat pour elle. Lorsqu’il s’adresse à quelqu’un, il sait trouver les mots justes, choisir le bon moment et adapter son discours à son interlocuteur.
Mamoudou Ibra Kane, que Dieu te bénisse et te récompense pour tout.
Merci beaucoup, Raki ! Raki, la fille à Kardiat Ly. Khady Ly, yô mi ero yaymum Reki et merci aussi à Ndiaye DIATTA.
Propos de Baaba MAAL, traduits en français par Oumar DIAGNE